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Subtile Vengeance s'éclipse alors et revient presque aussitôt avec sa marmite fumante, qu'elle pose sans façon sur le lit. Pustule y plonge alors le museau et en engloutit le contenu en quelques instants, avec voracité ; puis, il bâille langoureusement et cherche à s'étirer. Mais ses membres engourdis, incapables de se tendre, ne lui obéissent pas. En s'examinant, il s'aperçoit avec horreur que son corps s'est définitivement transformé : ses bras n'ont plus forme humaine, leur couleur aussi s'est altérée, et ils se terminent désormais par d'étranges organes, des sortes de sabots...
Suis-je en proie à un cauchemar ? Je ne peux même plus me pincer pour savoir si je dors, ou si je suis bien dans la réalité. Où sont passées mes mains ? Et moi-même, que suis-je donc devenu ? Ai-je été réincarné par erreur... ou tout ceci n'est-il que la conclusion finale de ce que je pressentais déjà ? Tout cela m'échappe, c'est à n'y rien comprendre... Ma pensée s'enlise...
-... Subtile Vengeance !
Elle s'approche, irréelle, avec aux lèvres un sourire indéfinissable.
- Aide-moi à me lever - il faut que j'en aie le coeur net...
- Inutile, mon seigneur.
- Qui te demande ton avis ? Aide-moi à aller jusqu'à la glace !
- Tu n'es plus en état de marcher.
- Que sais-tu de mon état ? Est-ce que... ce serait toi...
Il cherche ses mots, angoissé. Elle ne fait qu'en rire - cruellement, avec délectation. C'est la première fois qu'il entend son rire. Elle le considère avec un mépris apitoyé.
- Mon pauvre époux... Veux-tu que je t'amène la glace ici, pour que tu comprennes mieux la situation ?
Et, sans attendre sa réponse, elle est déjà de retour, munie de l'objet convoité, qu'elle lui brandit à la face. Il lève les yeux avec appréhension, et se contemple
longuement : d'abord incrédule, révolté ; puis, gagné par la résignation...
- Tu peux la remporter... je n'en ai plus besoin.
Elle s'exécute, et retourne auprès de son seigneur - librement, avec une nonchalance délibérée. Celui-ci, atterré, la regarde : sa femme soumise, son esclave attentionnée, il lui semble à présent qu'il ne la connaît pas ; qu'il ne l'a jamais vraiment connue.
- Que fais-tu à mes côtés, sorcière ?
- Je t'observe.
- Tu observes ton oeuvre...
- Ce n'est pas mon oeuvre, Pustule : c'est la tienne. Je n'ai été que l'instrument de ta chute.
- Pourquoi t'obstines-tu à mentir ? Tu n'as plus rien à craindre !
- Je n'ai plus à craindre de toi. Mais admets que tu es seul responsable de ta déchéance. Ne vivais-tu pas déjà comme une bête ?
- Tu as plaisir à m'agonir, n'est-ce-pas ? Non ! Je vivais comme un homme ; pas à la manière d'un sage, mais comme je l'entendais... Et quand bien même, de quel droit m'as-tu jeté un sort ?
- Je ne t'ai pas jeté de sort, Pustule. Je n'ai fait qu'illustrer ta descente - que l'accélérer. Tu n'avais plus le droit d'être appelé un homme !
- Et à présent, que suis-je ? Pas tout à fait une bête, puisque je pense encore... oui, mais pour combien de temps ? Mon esprit peu à peu m'échappe, je sens ma conscience sombrer progressivement... et au-delà ?
- Il n'y a pas d'au-delà. Ce n'est pas la mort, mais c'est la fin. Elle est inéluctable.
- Démon ! Tu as veillé à tout... Plus d'existence pour moi, jamais plus d'espérance : tu as fait de moi un porc !
- Je ne t'ai pas transformé, Pustule... Adieu, ma servitude !
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